Justice
Internationale à la carte
Mars 2010 // Un
aperçu des derniers développements dans le
domaine du droit pénal international

Royaume-Uni : La compétence universelle des cours
anglaises contre l’allie’ israélien
Une Cour
anglaise a émis un mandat d’arrêt en
Décembre 2009 contre Tzipi Livni sous la requête
des avocats des victimes palestiniens de la dernière
"Opération Cast Lead" conduite par Israël de
Décembre 2008 jusqu’à Janvier 2009. A
l’époque, étant Ministre des affaires
étrangères outre que membre
du cabinet de guerre au moment de l’offensive en Gaza, elle a
été accusée d’avoir commis
des crimes de guerre. Les juges ont voulu émettre le mandat
d’arrêt à l’occasion
d’une conférence à laquelle elle devait
participer, en Angleterre. Cependant, suite à un
mouchardage, le mandat d’arrêt a
été annulé avec un embarras
général du gouvernement. Ce n’est pas
la première fois qu’une Cour anglaise
émette un mandat d’arrêt contre un homme
politique israélien, comme dans le cas du Ministre de la
Défense, Ehud Barak, deux mois auparavant (Septembre 2009).
La
possibilité d’émettre un tel mandat
d’arrêt contre le citoyen d’un autre pays
pour des crimes commis contre un ressortissant d’un pays
tiers dérive de la loi de 1988 sur la Justice
Pénale, laquelle donne aux Cours anglaises la
faculté d’utiliser la « compétence
universelle » avec l’objectif de punir
ceux qui commettent, inter alias, crimes de guerre afin
d’éviter l’impunité.
De toute
façon, le mandat d’arrêt contre Tzipi
Livni a crée non seulement des réactions
politiques de la part d’Israël, qui a
menacé d’exclure l’Angleterre du
processus de paix au Moyen Orient, mais aussi des réactions
du gouvernement anglais. En effet, il est en train
d’augmenter le pouvoir du Ministre de la Justice, en lui
donnant la faculté d’intervenir toutes les fois
qu’un mandat d’arrêt doit être
émis en le subordonnant à son approbation, outre
que le pouvoir de bloquer une poursuite.
En
résumé, le gouvernement anglais est en train de
retourner à une situation du passé, où
les Ministres pouvaient intervenir dans les cas individuels. Il
s’agit d’une anomalie dans une
démocratie mature dans laquelle la justice devrait
être indépendante. Au contraire, des
nouvelles reformes devraient affecter le pouvoir du Ministre de la
Justice laissant la faculté aux Cours de décider,
dans les cas de crimes internationaux, si poursuivre ou pas les
suspects ou accusés, au delà des alliances
politiques, mais selon les preuves dont disposent les juges.
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Le Cyberespace et le Droit des Conflits
Armé
Que ce soit
entre la Russie et la Géorgie lors de
l’été 2008 (voir l’article ici)
ou plus récemment entre la Chine et les USA par
l’intermédiaire de Google (voir
l’article ici), les polémiques
autour des cyber
attaques ne manquent plus à l’ère de
nos sociétés informatisées. Mais
est-ce que les actions militaires qui se déroulent dans le
cyberespace peuvent être régies par le droit des
conflits armés ? Autrement dit, est-ce qu’une
attaque par des pirates informatiques, gouvernementaux ou non,
constitue une « attaque armée » ?
Récemment, plusieurs Think Tanks (voir ici)
et agences gouvernementales, notamment Etats-Uniennes (voir ici),
ont essayé de développer une réponse
appropriée à ces questions.
Selon eux, les challenges liés au développement
des cyber conflits nous obligent à regarder avant tout les
conséquences de ces attaques. Si les effets, directs ou
indirects, liés à cette cyber attaque auraient pu
être causés par une attaque conventionnelle
(destruction d’infrastructure critique, pertes humaines
conséquentes, etc..) alors il y a lieu de
considérer la cyber attaque comme une attaque
armée conventionnelle. Le Droit des Conflits
Armés n’est donc pas en mesure de punir des
délits moyens qui doivent être
régulé. Autrement dit la criminalisation de la
cyber guerre est encore incomplète car elle
n’inclut pas les attaques de basse intensités.
Le deuxième challenge qui complique la criminalisation des
cyber attaques est de définir la source de
l’attaque. Dans le cyberespace, il est quasiment impossible
de pouvoir tracer l’origine de l’attaque avec
certitude. De plus, les connaissances requises afin de faire des
dégâts conséquents sont relativement
faciles à acquérir. Dans ces cas-là,
il est difficile de savoir si l’attaque vient d’un
autre pays, d’un organisme privé, ou encore
d’un individu. Il est également possible que
l’agresseur ait pris le contrôle d’un
ordinateur tiers afin de mener son attaque en toute
discrétion.
Le fait que ces deux questions centrales à la
définition d’une « attaque
armée » soient apparues récemment et
qu’elles ne comportent pas pour l’instant de
réponse optimale, montre que le droit existant ne
possède pas de solution parfaite pour réguler le
cyberespace. La communauté internationale doit
développer une version plus complète du droit
international du cyberespace. Une base pourrait être la convention
européenne sur le cyber crime qui propose des
pistes de réponse qui doivent toutefois être
étendues à la question des cyber attaques entre
pays.
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Experts de L'ONU publient étude globale
sur la détention secrète liée au
contre-terrorisme
Les deux
experts indépendants des Nations Unies sur la lutte
anti-terroriste et la torture et deux organes d'experts sur la
détention arbitraire et les disparitions forcées
ont publié une étude sur
l'utilisation des détentions secrètes dans le
cadre de la lutte contre le terrorisme. La question est
analysée sous des perspectives diverses. Du point de vue
historique, l'étude traite de l'évolution de la
pratique, du Nazi Reich à d'autres régimes, comme
le cas de desaparecidos dans les dictatures de l'Amérique
latines des années 70. La pratique a
été fortifiée dans des
démocraties occidentales après les attaques
terroristes du 11 septembre 2001, qui ont provoqué un
changement radical des politiques antiterroristes.
Généralement, plusieurs législations
ont prolongé la possibilité de retenir
secrètement des suspects terroristes, dans le cadre du
régime de détentions administratives ou par des
déclarations de l’état d'urgence.
Particulièrement le programme « high value
detainees » effectué par les EU a mené
à l'établissement d'un réseau
structuré de « black sites »
à l'étranger où les personnes
suspectées de terrorisme ont étés
secrètement retenues.
D'une perspective légale, les droits de l'homme
violés par la pratique sont analysés. Les experts
affirment que la détention secrète est interdite
par plusieurs dispositions du droit international qui ne peuvent
être dérogés d'aucunes circonstances.
Le droit à la liberté et la
sécurité personnelle, le droit à un
procès équitable et l'interdiction de torture
sont certaines des normes internationales violées par
l'utilisation de détentions secrètes. En outre,
la pratique peut constituer une disparition forcée. Si
commises dans le cadre d'une pratique étendue ou
systématique (comme dans les cas des politiques
anti-terrorisme) les détentions secrètes peuvent
constituer un crime contre l'humanité. Le rapport explore
aussi la pratique actuelle d'un large nombre des Pays. 44
États ont répondu à un questionnaire
rédigé par les auteurs et 30 victimes de
détention secrète ou les membres de leurs
familles ont été interviewés.
Le rapport sera présenté au Conseil des droits de
l'homme des Nations Unies en mars.
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Le Bangladesh nomme les procureurs et enquêteurs du
tribunal pour les crimes de guerre
Le
gouvernement de la République Populaire du Bangladesh a
déclaré le 16 février 2010 que les
procureurs et enquêteurs du tribunal spécial pour
les crimes de guerre perpétrés dans le pays
pendant la guerre de libération seront nommés la
première semaine de mars de cette année.
Ce tribunal a été mis en place pour conduire des
procès équitables et transparents à
l’encontre de personnes accusées de crimes de
guerre commis pendant la guerre de libération du pays en
1971. Le Bangladesh faisait partie à
l’époque de l’ancien Pakistan Oriental
et luttait contre le Pakistan pour obtenir son indépendance.
Ce conflit de libération nationale s’inscrit
pendant le troisième conflit indo-pakistanais, le Bangladesh
ayant été grandement soutenu par le gouvernement
indien pour obtenir son indépendance.
Le nombre de victimes causé par ce conflit n’est
pas avancé à ce jour avec précision,
mais il estimé qu’un million de personnes aient
été tuées par
l’armée pakistanaise et que huit à dix
millions d’autres aient du fuir le pays. Les
premières victimes de ce conflit ont
été les civils, particulièrement les
fermiers, les pêcheurs et intellectuels. Les hindous et les
femmes ont été singulièrement pris
pour cible et, selon certaines informations, environs 200 000 femmes
ont été victimes de violences sexuelles.
Jusqu’alors, aucune poursuite n’a encore
été lancée à
l’encontre des auteurs de ces crimes.
Le gouvernement Bangali a reçu récemment un
soutien de 400 millions de dollars US de la part de l’agence
japonaise développement international, dont une partie
devrait être utilisée pour faire la
lumière sur des crimes contre l'humanité et
d'autres atteintes graves aux droits humains et au droit humanitaire
commis pendant le conflit, et à poursuivre les responsables
présumés. L’année
dernière, le gouvernement du Bangladesh avait
également obtenu une aide financière et
logistique de la part des Nations Unies.
Le Bangladesh possède dès lors l’appui
nécessaire à la mise en œuvre de la loi
de 1973 sur les crimes internationaux. La nomination des procureurs et
enquêteurs, chargés de faire la lumière
sur ces faits et poursuivre les auteurs de ces crimes, marque les
prémices de la concrétisation du processus de
justice lancé il y a quelques années dans le
pays.
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Sierra Léone : Le Tribunal Spécial sur
la voie de la fermeture
Depuis 2000,
plusieurs essais ont été faits pour lancer une
procédure contre Hissène Habré, ancien
président de la République Tchadienne
réfugié au Sénégal depuis
1990 (voir Trial
Watch). En 2006, l’Union Africaine (UA) a
donné mandat au Sénégal pour lancer
les poursuites. Le 16 septembre 2008 plusieurs victimes ont
porté plainte au Sénégal.
Jusqu’à
ce jour le Sénégal se refuse de lancer une
procédure contre Habré. L’argumentation
du Sénégal s’appuie sur le manque de
fonds pour les frais de justice de procédure.
Aujourd’hui, le conseiller juridique de la Commis-sion de
l’UA, Ben Kioko, confirme que cette problématique
vient de se résoudre avec l’aide de
l’Union Euro-péenne (UE). En outre, l’UA
a annoncé la clarification du lieu ainsi que la
durée de la procédure pour que les poursuites
contre Habré puissent être lancées dans
les prochains mois.
Dans ce
contexte mouvementé, un rapport publié le 3
février 2010 par Human Rights Data Analysis Group (HRDAG),
s’appuyant sur 2 733 documents originaux de la
„Direction de la Documentation et de la
Sécurité“ (DDS), confirme que
Habré était informé des actes de sa
police politique (voir rapport
HRDAG).
Grace
à la publication du rapport de HRDAG, un pas a
était fait vers la clarification des faits qui se sont
déroulés au Tchad pendant la
présidence d’Hissène Habré,
de 1982 à 1990. Néanmoins, les victimes attendent
le commencement concret d’une procédure contre
l’ancien président.
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L’Union africaine adopte deux
décisions sur la justice internationale
A
l’issue de sa 14e session ordinaire tenue
à Addis-Abeba le 5 février 2010,
l’Union Africaine a adopté des
Décisions sur la Cour Pénale Internationale et
sur la Justice Pénale Internationale. Les deux textes
laissent présager une détérioration
des relations entre la Cour Pénale Internationale et les
Etats membres de l’Union Africaine.
L’Union Africaine, à travers une recommandation
d’amendement de l’art 16 du Statut de la CPI, vise
à maintenir sa pression sur le Conseil de
Sécurité en ce qui concerne la faculté
dont dispose ce dernier à demander la suspension
d’une enquête ou d’une poursuite
à l’encontre d’un suspect ou
d’un accusé. Cette requête avait
préalablement été avancée
dans le cas du mandat d’arrêt lancé
contre le Président du Soudan Omar El Bachir
avec les chefs d’accusations de crime de guerre et
crime contre l’humanité – crime pour
génocide ayant été rejeté
par la Chambre préliminaire pour insuffisance de preuve. La
recommandation d’amendement de l’article 16
intervient deux jours après
l’arrêt prononcé par la
Chambre d’Appel de la Cour Pénale
internationale contre la décision de la
Chambre préliminaire I en ce qui concerne la charge de
génocide.
L’affaire Omar El Bachir est à
l’origine, en outre, de la recommandation de
l’établissement d’une majeure
précision sur les règles applicables en
matière d’immunité et de
coopération en vertu de l’art 27 et 98 du Statut
de Rome. Divers Etats Africains et Arabes se sont retrouvés
en difficulté lors des séjours du President
Soudanais sur leur territoire.
Enfin, l’UA demande une utilisation plus restrictive de
la "Compétence Universelle", plus
particulièrement de la part des Etats non Africains contre
les chefs d’Etats Africains. Il s’agit de la
faculté qu’ont les Etats de poursuivre le ou les
auteurs de certains crimes graves, notamment les crimes de
génocide, les crimes de guerre ou les crimes contre
l’humanité quelque soit le
lieu où ils ont été commis et quelque
soit la nationalité de l’auteur des crimes. Cette
compétence est prévue spécifiquement
dans certains textes internationaux et a été
transcrite par certains Etats en normes nationales.
Déjà dans sa déclaration finale
à l’issue du Sommet d’Addis-Abeba de
2008, l’Assemblée générale
de l’Union Africaine , considérant le principe de
compétence universelle comme une ingérence dans
les affaires internes des Etats, demandait aux Etats membres de ne pas
exécuter les mandats émis en vertu du principe en
question. L’UA réclame l’annulation de
toutes les poursuites en cours.
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