Justice
Internationale à la carte
Juin 2009 // Un
aperçu des derniers développements dans le
domaine du droit pénal international

John Demjanjuk expulsé vers l'Allemagne
En mai dernier
s’est ouvert le dernier chapitre des poursuites judiciaires
contre John
Demjanjuk . L’Ukrainien âgé de
89 ans à été expulsé des
Etats-Unis vers l'Allemagne, où le Parquet de Munich
l’accuse d'avoir été gardien dans le
camp d'extermination de Sobibor (Pologne) de mars à
septembre 1943 et d'avoir participé à
l'assassinat de plus de 29.000 juifs.
Il
s’agit du dernier volet d’une longue bataille
judiciaire. Les autorités américaines ont en
effet déjà révoqué par deux
fois la citoyenneté américaine de Demjanjuk, en
1977 et en 2001. En 1988 il a été
accusé en Israël d’avoir
été « Ivan le Terrible » (cf.
procédure Trial
Watch) et a été condamné
à mort pour crimes de guerre et crimes contre
l'humanité. Mais la Cour suprême
israélienne a annulé sa condamnation en appel
pour doutes sur son identité.
La
procédure actuelle à son encontre a
été rendue possible grâce au travail de
l’Office Central pour la répression
des crimes nationaux socialistes à Ludwigsburg,
qui collecte des informations sur les crimes nazis à travers
le monde et les transmet aux autorités judiciaires
compétentes. L’accusation se base
également sur le témoignage de Thomas Blatt,
dernier survivant de Sobibor. L’homme de 82 ans a pu
décrire les conditions de vie qui régnaient dans
le camp mais ne se souvient pas de Demjanjuk. Dans
l’éventualité d’un
procès, il sera donc difficile de prouver sa
culpabilité sans pouvoir démontrer
l’étendue exacte de sa responsabilité.
Demjanjuk mis
à part, l’Office Central de Ludwigsburg
s’occupe également d’autres criminels
Nazis qui ont émigré aux Etats-Unis
après la guerre. Des enquêtes sont en cours contre
Ivan Kalymon, Johann Breyer, Josias Kumpf et Algimantas Dailide. Aucun
ancien criminel nazi n’a encore été
condamné aux Etats-Unis, les autorités
américaines se contentant de révoquer la
citoyenneté des immigrés ayant fait de fausses
déclarations.
De nombreuses
poursuites contre d’anciens criminels nazis
échouent à cause de l'âge
avancé des accusés et de leur
l’incapacité à comparaître en
jugement. Ainsi, Charles Zentai, Heinrich Boere ou encore Milivoj Asner
ont encore récemment été
déclaré trop âgés ou malades
pour être extrader ou juger. Une des causes des
fréquents échecs de ces poursuites judiciaires
est l’absence de volonté de poursuivre les
criminels nazis dans la période
d’après-guerre.
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La compétence universelle en Espagne fait des vagues
Le principe de
la compétence
universelle, prévu à
l’article 23§4 de la loi sur l'organisation
judiciaire espagnole, a attiré plusieurs fois
l’attention de la scène politique internationale
au cours des dernières semaines. Pour le moment, seize
procédures ont été ouvertes concernant
neuf pays différents, sur la base de cette loi. Elles
concernent notamment le génocide au Rwanda, des assassinats
dans le camp de concentration de Mauthausen, le meurtre de
missionnaires jésuites au Salvador, la mort d’un
cameraman espagnol en Iraq et des actes de piraterie en Somalie.
Le mois
dernier, d’importantes décisions ont
été prises dans plusieurs de ces affaires. Ainsi,
on a appris début mai que le juge Baltasar Garzón avait
ouvert une enquête sur les responsables du centre de
détention de Guantanamo. L'investigation fait suite
à une plainte déposée par quatre
anciens détenus et vise "les possibles auteurs
matériels et complices" des actes de tortures et les
"concepteurs" du système carcéral de la base.
Le 4 mai, le
juge Fernando Andreu a
annoncé l’ouverture d’une
enquête mettant en cause plusieurs militaires de haut rang de
l'armée israélienne,
présumés responsables d'un bombardement
à Gaza en 2002.
Le juge
d'instruction espagnol Santiago Pedraz a pour sa part
confirmé les poursuites engagées contre plusieurs
hauts fonctionnaires chinois, dont le Ministre de la défense
et le Ministre de la sécurité
intérieure. Il leur est reproché
d’avoir ordonné l’attaque
systématique de la population tibétaine et
d’être ainsi responsables du meurtre de plus de 200
personnes lors de la répression des émeutes au
Tibet en 2008.
Mais ces
derniers temps, les activités des juges espagnols ont
provoqué de nombreuses critiques. Le Parquet espagnol s'est
opposé à plusieurs reprises à
l’ouverture d’enquêtes et a
demandé le transfert des affaires devant la Cour
suprême (Audencia Nacional). De son
côté, le ministres des Affaires
étrangères, Miguel Angel Moratinos, a
annoncé après reçu une plainte
d'Israël, qu’il interviendrait en faveur d'une
limitation de la compétence universelle. Le 20 mai dernier,
la majorité des parlementaires espagnols ont voté
en faveur d’une proposition de réforme visant
à restreindre le principe. Les juges ne seraient plus
compétents que dans les cas où les
présumés responsables se trouveraient sur le
territoire espagnol ou lorsque les victimes seront espagnoles.
La
compétence universelle espagnole risque d’encourir
le même sort qu’en Belgique où elle
avait été fortement restreinte en 2003, sous la
pression diplomatique.
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CPI : Vers un développement de la
responsabilité du supérieur ?
Le 31 mars
2009, le Procureur de la Cour
pénale internationale (CPI) a, à la
demande des juges, modifié l’acte
d’accusation de Jean-Pierre
Bemba. Il retient aujourd’hui, en plus de sa
responsabilité personnelle, sa responsabilité
« en tant que chef militaire et supérieur
hiérarchique » pour les crimes commis par les
troupes du MLC (Mouvement de Libération du Congo) dans la
situation en République Centrafricaine (RCA), alors que
l’acte d’accusation initial retenait sa «
responsabilité pénale personnelle, conjointement
avec une autre personne ou par l’intermédiaire
d’autres personnes ». Cette affaire permettra
à la Cour de préciser de manière plus
stricte le principe.
En effet comme
le rappelle Amnesty International dans un Amicus Curiae transmis
à la Cour, le Statut de Rome dispose que ce mode de
responsabilité doit être retenu lorsque le
supérieur « aurait dû » avoir
connaissance des actes de ses subordonnés alors que les
textes précédents exigeaient que le
supérieur ait su ou ait eu des raisons de savoir que ses
subordonnés commettaient des crimes. Selon Amnesty, la
nouvelle formulation semble donc imposer un devoir de surveillance plus
élevé de la part du supérieur
hiérarchique, avec notamment l’obligation de
rechercher de manière active et d’obtenir des
informations sur le comportement de ses subordonnés. Il ne
pourrait plus se retrancher derrière sa propre
négligence.
Il
appartiendra à la Cour de préciser les
caractéristiques de ce mode de
responsabilité.
Rappelons que
pour sa défense, Bemba soutient qu’il avait mis
les troupes du MLC en question à la disposition
d’Ange-Félix Patassé
(l’actuel président de la RCA) et que
c’est donc ce dernier qui donnait les ordres et devrait
être considéré comme le
supérieur hiérarchique. Entre octobre 2002 et
mars 2003, ces troupes auraient notamment pratiqué le viol
et la torture de manière systématique et
généralisée à
l’encontre de la population civile.
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Le Rwanda demande à la France et à
l’Italie d’extrader des génocidaires
présumés
Après
le génocide rwandais de 1994, de nombreux responsables se
sont enfuis à l’étranger. Beaucoup
n’ont cependant pas échappé
à la justice qui les a rattrapés dans plusieurs
pays (Canada, Belgique, Grande-Bretagne, Suisse, Pays-Bas, France,
Danemark, … - Cf. Trial
Watch). En matière de génocide en
effet, les Etats sont soit tenus d’extrader, soit de juger
eux-mêmes les auteurs présumés qui se
trouvent sur leur territoire en vertu du principe ‘aut dedere
aut judicare’ dont on peut trouver deux applications
récentes en Italie et en France.
Depuis
début mai en effet, le Rwanda est en train de
préparer une demande d’extradition à
l’encontre d’Emmanuel Uwayezu, un prêtre
réfugié en Italie à la fin du
génocide et exerçant sous un faux nom dans la
paroisse d’Empoli, près de Florence. Uwayezu est
mis en cause par l’organisation African Rights pour sa
participation présumée dans le massacre du Groupe
scolaire Marie Merci de Kibeho, dont il était le directeur
et où plus de 80 jeunes élèves
âgés de 12 à 20 ans furent
tués.
Cette demande
est basée sur la loi constitutionnelle italienne de 1967 qui
autorise l’extradition en matière de
génocide. Dans l’hypothèse
d’une réponse négative, le Rwanda
pourrait demander à l’Italie de
procéder elle-même au jugement
d’Uwayezu. Rappelons qu’en 2002,
l’Abbé Athanase
Seromba avait été
arrêté, dans la même région
de Florence, et transféré au TPIR
où il a été jugé et
condamné à la prison à
perpétuité.
Saisie
d’une demande identique en octobre 2008, la France a pour sa
part refusé d’extrader Pascal Simbikangwa. Le
Tribunal supérieur d’appel de Mamoudzou (Mayotte)
a en effet refusé l’extradition en novembre 2008
au motif que la peine encourue au Rwanda n’était
pas acceptable pour la France.
Le 30 avril
dernier, le Tribunal a décidé du maintien en
détention provisoire de Simbikangwa pour
génocide. Celui-ci devrait comparaitre dans le courant du
mois de juin pour être interrogé sur le fond de
l’affaire.
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Chili : vers la 109ème ratification du Statut de
Rome
Le 20 mai
dernier, la Chambre des députés du Chili a,
après le Sénat, à son tour
approuvé la réforme de la Constitution du pays
reconnaissant la compétence de la Cour
pénale internationale (CPI). Le texte, qui
réaffirme la compétence principale de
l’Etat chilien pour connaitre des crimes relevant du statut
de la Cour, reconnait en effet à celle-ci une
compétence subsidiaire, comme le prévoit le
Statut de Rome.
L’adoption
par le Parlement de cet amendement constitutionnel va enfin permettre
au Chili de ratifier le Statut de Rome portant création de
la CPI. Cette ratification devrait sans nul doute intervenir
très prochainement. Michelle Bachelet, la
présidente du Chili, doit se rendre très
prochainement à La Haye et pourrait profiter de cette
occasion pour annoncer la bonne nouvelle. Lors de son
élection, Mme Bachelet avait en effet fait de la
ratification du Statut de la Cour une des priorités de son
gouvernement pour la protection et la promotion des droits de
l’Homme.
Cette nouvelle
ratification portera à 109 le nombre d’Etats ayant
ratifié le Statut de Rome sur les 139 ayant signé
le Traité. En Amérique Latine, seuls trois pays
n’ont pas encore franchi cette étape. Il
s’agit du Guatemala, du Nicaragua et du Salvador.
L’amendement
chilien prévoit que la Cour ne sera compétente
que pour connaitre des crimes commis après
l’entrée en vigueur du Statut au Chili.
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Le Tribunal spécial irakien
Le Tribunal
spécial irakien est renommé pour le
procès de Saddam
Hussein, ancien président irakien, mais peu de
gens savent que le Tribunal est toujours en opération suite
à la condamnation et l’exécution de
celui-ci. Le Tribunal continue en effet à poursuivre les
hauts responsables du parti Baas qui auraient commis des crimes entre
le 17 juillet 1968 et le 1er mai 2003. Depuis
l’exécution de Saddam Hussein le 30
décembre 2006, le Tribunal a suscité de
nombreuses controverses. Ses critiques l’accusent, entre
autres, d’être soumis aux demandes trop excessives
des Etats-Unis et de l’Angleterre, de profiter aux vainqueurs
et d’utiliser trop la peine de mort.
Loin de
l’attention du public occidental, le Tribunal
spécial irakien continue
d’enquêté, de poursuivre et de condamner
– certains à mort ou à
perpétuité – les anciens membres du
gouvernement de Saddam Hussein. En 2008, deux douzaines
d’anciens baassistes ont été poursuivis
pour les exécutions sommaires de milliers de membres de la
tribu du Premier ministre, Nuri Kamal al-Maliki. De plus, quinze
personnes ont été accusées pour la
répression brutale contre la population musulmane chiite du
sud de l’Irak en 1991, dont Ali
Hassan al-Majid al-Tikriti, « Ali le chimique »,
l’ancien ministre de l’intérieur, Sabir
Abdul-Aziz al-Duri, l’ancien directeur du
renseignement militaire, Hashem
Ahmed al-Jubouri as-Tai, l’ancien Ministre de la
défense, Sabbawi Ibrahim, l’ancien directeur de
l’agence d’intelligence Mukhabarat, Abed Hameed
Hmoud, un des gardes du corps de Saddam Hussein, et Abdul-Ghani
Abdul-Ghafour, un haut responsable du parti Baas. Le Tribunal a aussi
poursuivi des anciens baassistes accusés d’avoir
tué plus de 250.000 membres du parti islamique Dawa. Les
corps de certaines victimes auraient été
jetés dans des cuves d’acide et de nombreuses
femmes auraient été violées lors de
ces attaques. Le Tribunal a aussi enquêté sur les
massacres de Al-Anfa et de Djail. Alors que la violence sectaire
continue à ravager l’Irak, le Tribunal
spécial risque d’être vu non comme un
instrument de la justice des vainqueurs mais comme celui
d’une justice Shi’a.
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Timor-Leste: Disparitions forcées – des
efforts à faire
Il y a peu, le
Timor-Leste a
adopté un nouveau Code pénal dans lequel est
listé, au titre des crimes contre
l’humanité, le
crime de disparition
forcée. Ce crime se définit non
seulement par la détention, séquestration ou
emprisonnement d’une personne par un Etat ou une organisation
politique, mais aussi par le refus de ces derniers de reconnaitre
l’état de privation de liberté et de
donner aux
proches des informations sur la situation ou la localisation de la
personne disparue, afin de refuser à celle-ci la protection
de
la loi.
Ce faisant, le
Timor-Leste se conforme
aux obligations qui lui incombent en vertu de la Déclaration
sur
la Protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées adoptée par
l’Assemblée
générale des Nations Unies en 1992, ainsi que de
la
Convention
internationale adoptée en 2007.
En vertu de
ces textes, le crime de
disparition forcée est un crime contre
l’humanité
lorsqu’il est pratiqué à grande
échelle et
de manière systématique. Dans ses travaux du mois
de mai,
le Groupe de travail sur les disparitions forcées de
l’ONU
a précisé que les critères applicables
aux crimes
contre l’humanité tels que définis par
l’article 7.1 du Statut de Rome seront désormais
applicables en matière de disparitions forcées.
Il va
ainsi désormais étudier les communications qui
lui sont
transmises à la lumière de critères
suivants : les
crimes se sont produits au cours d’une attaque
généralisée ou systématique
contre la
population civile et dont les responsables avaient
connaissance.
De nombreux
pays sont touchés par
le phénomène des disparitions forcées.
Ainsi,
plusieurs milliers de personnes ont disparus en Algérie au
cours
du conflit qui a ravagé le pays dans les années
90’. En adoptant la Charte pour la paix et la
réconciliation nationale qui prône
l’amnistie en
2006, le Président Bouteflika a refusé de
reconnaitre la
souffrance des familles de disparus et de faire droit à
leurs
demandes de vérité et de justice. Les efforts
pour
rechercher les personnes disparues sont également
très
faibles au Kosovo ou encore en Bosnie-Herzégovine.
C’est
pour cela que Trial,
grâce à son Centre
d’action juridique, aide
notamment les familles de disparus à obtenir justice en
accompagnant leurs communications devant les instances internationales
des droits de l’Homme. En effet, il incombe aux Etats,
même
s’ils ne sont pas responsables des disparitions,
d’enquêter pour découvrir le sort des
disparus et
permettre aux familles de faire leur deuil.
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