Justice
Internationale: La Carte !
Mai 2009 // Un
aperçu sur les derniers développements dans le
domaine du droit pénal international

CPI : Dernier rapport du Groupe de travail spécial
sur le crime d’agression
Le Groupe de
travail spécial sur le crime
d’agression
de la Cour pénale international s’est
rassemblé
pour la dernière fois du 9 au 13 février 2009.
Cette
réunion a abouti aux dernières
révisions des
propositions d’amendements du Statut de Rome relatives au
crime
d’agression (Document de travail), lesquelles ont
été soumises à
l’Assemblée des Etats
parties par le Président du groupe de travail,
l’Ambassadeur Christian Wenaweser du Liechtenstein.
Le Document de
travail s’ouvre sur
une proposition de définition du crime d’agression
(une
définition générale suivie de
septactes
constitutifs). Certains Etats Parties ont critiqué le fait
que
cette définition ne comprenait pas les activités
de
groupes armés, notamment lorsque de telles
activités
bénéficient du concours d’un
État.
Le Groupe de
travail s’est
également intéressé au
degré de
compétence que la CPI devrait avoir sur le crime
d’agression. Le Document contient en effet plusieurs versions
de
l’article 15 relatif à la compétence de
la Cour, ce
qui démontre à quel point il sera
difficile
d’en adopter une version finale. Certains Etats Parties
voudraient que la CPI puisse agir uniquement si le Conseil de
sécurité a déjà
qualifié
la situation d’acte d’agression, alors que
d’autres
seraient prêts à donner plus de pouvoir
à
l’Assemblée générale, la
Cour internationale
de justice ou même au procureur de la CPI afin de
déterminer quand ces dispositions auront
été
violées Le problème est de limiter le
périmètre d’action de la CPI
à
l’égard des décisions des instances
onusiennes
puisque le Conseil, l’Assemblée et la CIJ sont
compétent à l’égard des
Etats alors que la
CPI juge les individus.
Cette dernière rencontre du Groupe de travail
spécial a
permis à la CPI de se rapprocher de son objectif de modifier
le
Statut de Rome pour incorporer le crime d’agression.
Cependant,
la réaction qu’a eue
l’Assemblée des
États Parties au Document de travail laisse penser que les
différences qui avaient contraint les participants
à la
Conférence de Rome à abandonner ce sujet
sont
encore loin d’être résolues.
Liens :
Document
de travail
sur le crime d’agression proposé par le
Président
(version révisée au cours du mois de janvier
2009) (19
février 2009)
Rapport
du Groupe de travail spécial sur le crime
d’agression (20 février 2009)
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La Cour européenne des droits de l’Homme
consacre le principe de la compétence universelle
Le 17 mars
2009, dans une décision Ould
Dah c/ France, la Cour européenne des droits de
l’Homme (CEDH) a consacré pour la
première fois le principe
de la compétence universelle.
En vertu d’un jugement par défaut
prononcé en
juillet 2005 par la Cour d’Assise de Nîmes
(France), Ely
Ould Dah,
ancien officier de l’armée mauritanien, avait
été condamné à 10 ans de
prison pour actes
de torture sur le principe de la compétence universelle. Il
s’agissait de la première utilisation de ce
principe par
les juridictions françaises. Aujourd’hui, plus
d’une
dizaine de procédures sont ouvertes sur cette base.
La décision de la CEDH rejette la requête
introduite par
Ould Dah en 2003, lors de la phase d’instruction. Dans son
appréciation, la Cour note que le requérant ne
conteste
pas la décision des juridictions françaises de le
juger,
lesquelles bénéficient dans certain cas
d’une
compétence universelle.
En particulier concernant la torture, la Cour souligne que «
l'impérieuse nécessité de
l'interdiction de la
torture et de la poursuite éventuelle des personnes qui
enfreignent cette règle universelle, ainsi que l'exercice
par un
Etat signataire de la compétence universelle
prévue par
la Convention contre la torture, seraient vidés de leur
substance s'il fallait retenir seulement la compétence
juridictionnelle de cet Etat, sans pour autant admettre
l'applicabilité de la législation pertinente
dudit Etat.
A n'en pas douter, écarter cette législation au
profit de
décisions ou de lois de circonstance adoptées par
l'Etat
du lieu des infractions, agissant pour protéger ses propres
ressortissants ou, le cas échéant, sous
l'influence
directe ou indirecte des auteurs de ces infractions, en vue de les
disculper, conduirait à paralyser tout exercice de la
compétence universelle, et réduirait à
néant le but poursuivi par la Convention du 10
décembre
1984. » Cette décision consacre ainsi
l’utilisation
de la compétence universelle pour contourner notamment les
lois
d’amnistie adoptées par certains pays au
bénéfice d’auteurs de crimes
internationaux.
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Pérou : Condamnation de l’ancien
président Fujimori
Mardi 7 avril
2009, à Lima, la capitale péruvienne, Alberto
Fujimori
a été condamné à 25 ans de
prison. Le
verdict met un point final à des poursuites qui ont
duré
plus de 8 ans et à un procès long de 15 mois
contre
l’ancien président péruvien. Bien que
recherché depuis 2001, date d’émission
d’un
mandat d’arrêt international à son
encontre,
Fujimori n’a été
arrêté qu’en
novembre 2005 au Chili, et extradé en septembre 2007 vers le
Pérou.
Fujimori a reconnu coupable d’avoir ordonné le
meurtre de
25 civils par le « groupe Colina », un escadron de
la mort
au sein de l’armée péruvienne. Les
investigations
ont porté en particulier sur les affaires de La Cantuta
où neuf étudiants et un enseignant
d’université ont été
enlevés et
assassinés en 1992, ainsi que sur
l’exécution de 15
personnes, confondues par erreur avec des sympathisants de la
guérilla, lors d’un barbecue dans la banlieue de
Lima. Les
massacres commis par le groupe Colina étaient
particulièrement appropriés pour
démontrer la
responsabilité de Fujimori car les membres avaient
consigné par écrit les ordres qu’ils
avaient
reçus. Ces documents ont ainsi permis de remonter la chaine
de
commandement.
Grâce aux témoignages
détaillés et au
travail de reconstitution des évènements
effectué
par la Commission
vérité et réconciliation
péruvienne,
les accusations contre Alberto Fujimori ont pu être
prouvées « au-delà de tout doute
raisonnable
». C’est la première fois
qu’un
président démocratiquement élu
d’Amérique latine est jugé et
condamné pour
violations des droits de l’Homme dans son propre pays. Selon
l’organisation Human Rights Watch, les garanties
internationales
liées au droit à un procès
équitable ont
été respectées au cours de la
procédure. Ce
jugement devrait accentuer les pressions sur le président en
exercice, Alan Gracia, qui est également accusé
d’avoir commis des violations des droits de l’Homme
au
cours de son premier mandat présidentiel, dans les
années
1980’.
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Mission d’enquête de l’ONU sur
l’offensive israélienne à Gaza
Le Conseil des
droits de l’Homme
de l’ONU a ordonné en avril la création
d’une
mission d’enquête sur les crimes de guerre
présumés commis lors de la récente
offensive
israélienne sur Gaza. Richard Goldstone, juge sud-africain
d’origine juive et ex-procureur des Tribunaux
pénaux
internationaux pour
l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda a
été
désigné pour diriger
l’équipe. Celle-ci sera
également composée de Christine Chinkin,
professeur
britannique, Desmond Travers, colonel irlandais à la
retraite,
et Hina Jilani, avocate pakistanaise et experte des droits de
l’Homme. La mission doit évaluer d’une
manière indépendante et impartiale les violations
des
droits de l’Homme et du droit humanitaire commises par toutes
les
parties.
Israël est accusé d’avoir
violé le droit
international humanitaire, notamment en faisant usage de bombes au
phosphore blanc dans des zones de peuplement civil, en
empêchant
l’accès à l’aide
médicale pour les
grands blessés, en bloquant la bande de Gaza (punissant
ainsi
l’ensemble de population civile), et en attaquant des
personnes
protégées par les conventions internationales.
Selon le rapporteur spécial de l’ONU sur les
droits de
l’homme dans les territoires palestiniens occupés,
plus de
1 400 Palestiniens ont été tués lors
de
l’offensive israélienne du 27 décembre
au 18
janvier dernier, dont plus de 900 civils. L’armée
israélienne pour sa part déclare qu’il
y aurait
seulement un tiers de civils parmi les tués.
Une enquête interne à l’armée
israélienne a été classée
après
avoir conclu qu’aucun crime de guerre n’aurait
été commis lors de cette offensive,
malgré les
témoignages contraire de soldats ayant participé
aux
combats.
Bien qu’Israël ne soit pas soumis à la
juridiction de
la Cour pénale internationale (CPI), son procureur Luis
Moreno-Ocampo a reçu de nombreux rapports relatifs
à
l’offensive israélienne. La CPI pourrait
être
compétente pour en connaitre si le Conseil de
sécurité des Nations Unies, agissant en vertu du
chapitre
VII de la Charte des Nations Unies, lui déférait
la
situation ou si Israël acceptait la juridiction de la Cour.
Parallèlement, des poursuites pour crimes contre
l’humanité ont été ouvertes
en Espagne
contre 6 hauts dirigeants e l’armée
israélienne,
dont le Général Benjamin Ben-Eliezer, ancien
ministre de
la Défense. Les accusations concernent un bombardement
aérien effectué en 2002. L’ouverture de
la
procédure a été rendue possible
grâce
à la compétence
universelle
dont disposent les juridictions espagnoles et qui permet de poursuivre
des crimes contre l’humanité commis en dehors du
territoire espagnol.
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Kenya: le gouvernement a encore une fois failli à
son
obligation d’établir un Tribunal
spécial pour
enquêter sur les violences postélectorales
Le
gouvernement kenyan n’a
toujours pas adopté une loi en vue
d’établir un
Tribunal spécial afin de traduire en justice ceux qui ont
commis
des crimes graves lors des émeutes de janvier 2008. Plus de
1
500 personnes ont été tuées lors des
violences qui
ont secoué le pays à la suite de
l'élection
présidentielle du 27 décembre 2007.
L’idée
de créer une
cour hybride, qui serait composée de juges kenyans et
internationaux, a été lancée par la Commission
d’enquête sur les violences
postélectorales au Kenya (CIPEV ou Commission
Waki) (site en anglais) dans son rapport
final
(anglais) qu’elle a rendu au président Mwai Kibaki
et au
premier ministre Raila Odinga le 15 octobre 2008. Ce rapport avait
fixé le 30 janvier 2009 comme date limite
d’adoption de
loi relative à la création du tribunal.
Cependant, le 12
février 2009, le parlement kenyan a refusé
d’adopter la réforme constitutionnelle
nécessaire
pour mettre en place cette cour. Deux semaines plus tard, le 24
février, Kofi Annan, qui a joué un rôle
majeur pour
mettre fin aux émeutes et est aujourd’hui
président
du Comité d’éminentes
personnalités
africaines, a octroyé un délai au gouvernement
pour y
parvenir. C’est ce nouveau délai que le
gouvernement
n’a encore une fois pas respecté.
La CIPEV a refusé de publier les noms des auteurs
présumés des crimes commis lors des
émeutes dans
son rapport. Au contraire, elle a
préféré placer
ces noms ainsi que les preuves qui y sont relatives dans une enveloppe
scellée qu’elle a confiée au
Comité
d’éminentes personnalités africaines.
La rapport de
la CIPEV prévoyait que le Comité transmettrait
cette
information au procureur de la Cour pénale internationale
dans
l’hypothèse où le gouvernement refusait
de
créer le Tribunal spécial. Luis
Moreno-Ocampo a
récemment confirmé que son bureau surveillait la
situation au Kenya mais Kofi Annan a
jusqu’à
maintenant refusé de lui remettre les informations contenues
dans l’enveloppe scellée.
Liens utiles :
Kenya National
Dialogue and Reconciliation
Human Rights Watch:
Press
release calling on the Kenyan government to quickly establish
the Special Tribunal
Memorandum
explaining the procedures of the International Criminal Court in
relation to the special tribunal
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Affaire Hariri : Les dernières
évolutions du Tribunal Spécial pour le Liban
Le 1er mars
2009, s’est tenue aux Pays-Bas l’ouverture du Tribunal
spécial pour le Liban (TSL).
Créé en 2007 par la
résolution 1757 du
Conseil de Sécurité de l’ONU pour juger
les
responsables de l’attentat ayant couté la vie
à
l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri ainsi
qu’à 22 autres personnes le 14 février
2005, le
tribunal s’est installé à Leidschendam,
dans
d’anciens locaux des services de renseignement
néerlandais.
Composé de 11 juges, le tribunal est
présidé par
l’italien Antonio Cassese, nommé le 24 mars
dernier.
Daniel Fransen (Belgique) occupe pour sa part la fonction de juge de la
mise en état. Le nom des neuf autres juges, dont quatre
libanais, reste tenu secret par mesure de
sécurité. Ils
prendront officiellement leurs fonctions à une date qui sera
déterminée par le Secrétaire
général
des Nations Unies. Les juges, le greffier et le procureur du
TSL
(le canadien Daniel Bellemare), ont prêté serment
fin
mars. Les juges ont également adopté un ensemble
de
textes régissant le fonctionnement interne du tribunal.
Le 31 mars, le TSL a officiellement demandé aux juridictions
libanaises de se dessaisir de l’enquête sur
l’assassinat de Rafic Hariri et de lui transmettre leurs
dossiers
ainsi que la liste des personnes arrêtées dans ce
cadre.
Le dessaisissement est intervenu le 8 avril dernier. Le procureur
libanais en charge du dossier a annulé les mandats
d’arrêts émis tout en maintenant en
détention
quatre personnes suspectées d’avoir
participé
à l’attentat. Il s’agit des
généraux
Moustafa Hamdane, ancien chef de la garde présidentielle,
Jamil
Sayyed, ancien directeur de la sécurité
générale, Ali Hajj, ancien chef des forces de
sécurité intérieure, et Raymond Azar,
ancien chef
du renseignement de l’armée. Mi-avril, le juge de
la mise
en état a signifié au tribunal qu’il
avait
jusqu’au 27 avril pour justifier la poursuite des
détentions provisoires afin de respecter le droit, garanti
au
niveau international, qu’a toute personne détenue
d’être présentée rapidement
devant un juge.
Le tribunal, qui commence à peine ses travaux, ne devrait
pas
annoncer l’ouverture d’un premier procès
avant trois
à cinq ans selon les estimations de Robin Vincent, le
greffier
du TSL, car le dossier est complexe et touche à la question
du
terrorisme. Ce dernier a par ailleurs présenté sa
démission le 17 avril dernier, et devrait être
remplacé d’ici la fin du mois de mai.
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