Casimir Bizimungu est né en 1951 dans la commune de Nyamugari, préfecture de Ruhengeri, au Rwanda. Médecin, il était directeur du Centre Universitaire de la Santé Publique à Butare. Entre 1987 et 1993, il a été plusieurs fois ministre des Affaires étrangères ainsi qu’à de nombreuses reprises ministre de la Santé.
Le 9 avril 1994, il a été nommé ministre de la Santé au sein du gouvernement intérimaire. Il a occupé ce poste jusqu’à la mi-juillet 1994. En cette qualité, il était responsable de la politique gouvernementale adoptée dans le secteur de la santé. Il exerçait une autorité et un contrôle sur l’ensemble des institutions et du personnel de son ministère. De plus, il assistait au conseil des ministres où il a été informé de la situation sociopolitique du pays et où il a été mis au courant de la politique gouvernementale. Il participait aussi à l'élaboration de la politique adoptée et mise en œuvre par le gouvernement intérimaire. Par ailleurs, il a été un membre du comité central du Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND), le parti présidentiel.
De fin 1990 à juillet 1994, Bizimungu aurait adhéré, exécuté et participé à l’élaboration d’un plan visant à l’extermination des Tutsis. Ce plan comportait, entre autres éléments, le recours à la haine et à la violence ethnique, l’entraînement et la distribution d’armes aux miliciens ainsi que la rédaction de listes de personnes à éliminer. Dans la mise en oeuvre de ce plan, il aurait organisé, ordonné et participé aux massacres.
Vers le 12 avril 1994, le ministre des finances du gouvernement intérimaire se serait présenté à la préfecture de Gitarama et aurait ordonné qu’on lui remette tout l’argent déposé dans son coffre fort. Il aurait affirmé que l’argent ainsi collecté était destiné à l’achat d’armes pour les Interahamwe (milices extrémistes hutues) afin de commettre des massacres et que Casimir Bizimungu était chargé de voyager à l’étranger pour négocier ces achats.
Entre le 11 avril et le 14 juillet 1994, Bizimungu et d’autres ministres se seraient rendus officiellement dans plusieurs préfectures du pays, telles que Butare, Kibuye et Gitarama, en vue de contrôler la mise en œuvre des instructions, directives et orientations données par le gouvernement, notamment en matière de défense civile et de sécurité. Au cours de leurs nombreux déplacements, ils auraient su ou auraient dû savoir que des massacres de la population civile tutsie étaient en train de se commettre. À aucun moment, ils n’ont agi pour faire cesser ces massacres ou pour en punir les responsables.
Entre le 8 avril et le 14 juillet 1994, dans plusieurs préfectures telles que Butare, Kibuye, Kigali, Gitarama et Gisenyi, des ministres, des préfets, des bourgmestres, des fonctionnaires de l’Etat et des militaires ont donné l’ordre de commettre, ont incité, ont aidé à commettre et ont commis des massacres contre des Tutsis et des Hutus modérés. Bizimungu aurait su ou aurait dû savoir que ses subordonnés avaient commis ou s’apprêtaient à commettre des crimes et aurait omis d’en prévenir la commission ou d’en punir les auteurs. Il aurait ainsi failli à son devoir d’assurer la sécurité de la population rwandaise.
D’avril à juillet 1994, de par leurs fonctions, leurs propos, les ordres et directives qu’ils auraient donnés et leurs actes et omissions, les membres du Gouvernement intérimaire, dont Bizimungu, auraient exercé un contrôle sur les autorités locales et les milices, notamment sur les Interahamwe. Ces autorités et ces miliciens, d'entente avec des militaires, ont commis, dès le 6 avril 1994, des massacres contre les Tutsis et les Hutus modérés sur l’ensemble du territoire rwandais à la connaissance du Gouvernement intérimaire, dont Bizimungu faisait partie.
Dès le début des massacres, en avril 1994, le Centre Hospitalier de Kigali (CHK) a accueilli de nombreux Tutsis blessés venant de différents quartiers de la capitale. À plusieurs reprises, des militaires qui devaient assurer la protection de l’hôpital ont sélectionné des patients tutsis et les ont tués sur place. Une liste des membres du personnel d’origine tutsie a été dressée et plusieurs d’entre eux ont été tués. Les massacres survenus au CHK auraient été rapportés au gouvernement intérimaire, et notamment au ministre de la Santé, Casimir Bizimungu, lors des Conseils des ministres. Bizimungu n’aurait jamais pris les mesures nécessaires pour empêcher la commission de ces crimes ou pour en punir les auteurs.
Vers la fin du mois d’avril 1994, plusieurs Tutsis se sont rendus à l’hôpital universitaire de Butare pour y chercher refuge ou pour y être soignés de leurs blessures. À plusieurs reprises, différentes autorités ont exigé que les réfugiés et les patients déclinent leur identité. Les Tutsis ainsi identifiés ont soit été tués sur place, soit été enlevés pour être exécutés ailleurs. Bizimungu, en tant que ministre de la Santé, n’aurait jamais pris les mesures nécessaires pour empêcher la commission de ces crimes ou pour en punir les auteurs.
Entre avril et juin 1994, plusieurs personnes ont trouvé refuge à l’école secondaire des infirmières de Kabgayi, préfecture de Gitarama, où se trouvaient déjà des étudiants et du personnel. À plusieurs reprises durant cette période, des militaires et des Interahamwe ont enlevé et violé des étudiantes et des réfugiées tutsies. Bizimungu n’aurait jamais pris les mesures nécessaires pour empêcher la commission de ces crimes ou pour en punir les auteurs.
Vers la mi-juillet 1994, face à l’avancée des troupes du Front patriotique rwandais (FPR), un mouvement d'opposition composé essentiellement de réfugiés tutsis et dirigé par Paul Kagame, Bizimungu a fui le Rwanda.
Casimir Bizimungu a été arrêté, à la requête du Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), le 11 février 1999 au Kenya alors qu'il se promenait près de sa résidence de Hurlingham, un quartier résidentiel de Nairobi.
Trial Watch rappelle que jusqu'à ce qu'une éventuelle condamnation soit entrée en force, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente.
Informations
Rwanda
1951Arusha (Tanzanie)
08.04.1994
- 14.07.1994
06.11.2003
Génocide
Crimes de guerre
Crimes contre l'humanité
Atteinte à la vie
Atteinte à l’intégrité physique
Protection des personnes 06.02.2012