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Last modified on: 08.04.2015

Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation du Rwanda

Historique

Surnommé le pays des mille collines pour sa beauté verdoyante et vallonnée, le Rwanda a gagné son indépendance de la Belgique en 1962. Peu après, des échanges de pouvoir de plus en plus violents ont eu lieu entre la majorité hutue, représentant plus de 80% de la population, et la minorité tutsie dont environ 15% des rwandais font partie (les twas, qui représentent 1% de la population, ont longtemps été subjugués par les deux autres groupes). Cette guerre civile a atteint sa plus haute intensité en 1994, lorsque 800’000 tutsis, twas et hutus modérés ont été tués par leurs voisins hutus.

Bien que les tutsis et hutus partagent la même langue, religion et culture, la division entre eux fut longtemps présente au Rwanda. Cependant, la colonisation a pour toujours changé les relations ethniques et culturelles dans ce  pays. Ce qui était autrefois une séparation socio-économique largement fluide entre les hutus (historiquement des agriculteurs) et les tutsis (traditionnellement des bergers) s’est vu figée en divisions ethniques sous la colonisation allemande puis belge. Ces derniers sont surtout responsables pour les divisions ethniques qui déchirent aujourd’hui le Rwanda. En effet, ce sont eux qui ont mandaté l’utilisation de la carte d’identité désignant chaque personne selon son group d’origine (hutu, tutsi ou twa). Celles-ci furent utilisées pendant le génocide pour déterminer le sort de leur propriétaire. Les colonisateurs belges considéraient les tutsis, qui sont typiquement plus grands et plus clairs de peau, plus européens et donc supérieurs aux hutus. Pour cette raison, ils placèrent les tutsis en charge de l’administration coloniale belge et leur accordèrent certains privilèges. Entre autres, l’éducation et les postes gouvernementaux étaient réservés aux tutsis. Ceci créa de l’amertume envers les tutsis et la majorité hutue se chargea de reprendre contrôle du Rwanda après le départ des belges.

Après des années de guerre civile, l’hostilité entre tutsis et hutus a éclaté en avril 1994 suite à la mort des présidents rwandais et burundais et du chef d'État major rwandais dans un attentat. En trois mois, 800'000 tutsis, twas et hutus modérés sont tués brutalement aux mains de leurs compatriotes. Suite à ce génocide, le Tribunal pénal international pour le Rwanda a été institué en novembre 1994 par le Conseil de sécurité des Nations unies pour traduire en justice les personnes impliquées. De plus, des tribunaux locaux de procédure communautaire, les gacacas, ont aussi été utilisés pour juger les milliers de personnes inculpés dans ces massacres. La Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation (CNUR), a elle aussi été créée pour aider les communautés traumatisées à cohabiter.

 

Mandat

La Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation (CNUR) a été créée en 1999 dans le but de combattre la discrimination et d’éradiquer les conséquences néfastes du génocide sur la population rwandaise. Selon l’article 178 de la Constitution de la République du Rwanda la CNUR est chargée notamment de :

  1. Concevoir et coordonner le programme national pour la promotion de l’unité et la réconciliation nationale;
  2. Mettre en place et développer les voies et moyens de nature à restaurer et consolider l’unité et la réconciliation parmi les Rwandais;
  3. Eduquer et sensibiliser la population rwandaise à l’unité et la réconciliation nationale;
  4. Effectuer des recherches, organiser des débats, diffuser des idées et faire des publications sur la paix, l’unité et la réconciliation nationale;
  5. Formuler des propositions sur les meilleures actions susceptibles d’éradiquer les divisions entre Rwandais et renforçant l’unité et la réconciliation nationale;
  6. Dénoncer et combattre les actes, les écrits et le langage susceptibles de véhiculer toute forme de discrimination, d’intolérance et de xénophobie;
  7. Faire rapport annuellement et chaque fois que de besoin sur l’état de l’unité et la réconciliation nationale.

 

Composition

La Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation est composée des organes suivants:

  • Le Conseil des Membres de la Commission qui comprend 12 commissaires et constitue l'organe suprême de la commission,
  • Le Comité Exécutif qui est composé du Président, du Vice-président et du Secrétaire Exécutif,
  • Le Secrétariat Permanent qui est sous la direction du Secrétaire Exécutif.

Les bureaux de l'information et de la communication, de la planification, du suivi et de l'évaluation des activités, de la coordination des programmes de la commission, de relations extérieures et de l’audit au sein de la commission sont rattachés au Secrétariat Permanent.

De plus, depuis avril 2006, le Secrétariat est constitué de trois départements:

  • Le département chargé de l’éducation civique,
  • Le département chargé de la consolidation de la paix, de la prévention et la résolution des conflits,
  • Le  département chargé de l’administration et des finances.

 

Fonctionnement

Contrairement à d’autres commissions de son genre, la Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation n’inclue pas une mission de « vérité », déjà effectuée par le TPIR et les gaccacas. La CNUR, elle, concentre ses actions sur la réconciliation. Pour atteindre ses objectifs, la Commission a développé plusieurs outils de réconciliation :

  1. Programme de formation à la paix et à la réconciliation : Ce programme a pour objectif de rassembler la population rwandaise pour débattre de thèmes en lien avec la politique nationale. Il s’agit de confronter les perceptions sur les situations du passé, du présent et de l’avenir, dans le but d’écarter les idéologies sectaires, divisionnistes et exclusionnistes et de promouvoir le respect des droits de l’homme. Des séminaires, des conférences-débats radiodiffusées et télédiffusées et des réunions régulières par régions permettent d’aborder des thèmes établis sur la base des idées et souhaits de la population, recueillis au cours des enquêtes d’opinion menées par la commission dans les 106 districts du pays.
    Les INGANDO, également appelés les « camps de solidarité », permettent de rassembler les nouveaux rapatriés, les sécuriser et les initier aux principes de coexistence pacifique, de tolérance et de bonne gouvernance prônés par le gouvernement. Ils visent à rassembler différentes catégories de personnes, dont les jeunes, les enseignants, les fonctionnaires, le corps médical ainsi que certaines personnes soupçonnées d’avoir participé dans le génocide qui ont été libérées provisoirement. Ces camps durent environ 45 jours et sont dirigés et animés par les cadres de la CNUR et des personnalités politiques du pays. Le séjour au camp est obligatoire pour les étudiants diplômés candidats aux universités bénéficiaires d’une bourse d’Etat.
  2. Appui d’initiative de la communauté : La CNUR encourage la mobilisation de la population dans le processus de lutte contre la pauvreté. Elle soutient financièrement plus de 60 associations de réconciliation qui oeuvrent pour le développement communautaire et dont les membres incluent des survivants, des malfaiteurs, des gens dont certains membres de la famille sont en prison, etc.
    Des clubs de réconciliation ont été formés dans les écoles et dans des institutions d’enseignement supérieur. Sur cette base, des étudiants ont formé de leur propre initiative des clubs de réconciliation, tel le SCUR (Student Club for Unity and Reconciliation). Des visites sur les lieux de mémoire du génocide sont notamment effectuées pour rendre hommage aux victimes.
    La CNUR soutient les clubs et associations nationaux de l’unité et réconciliation au moyen de documentation pédagogique pour les activités de réconciliation. Des formateurs parcourent le pays pour mettre encadrer les initiatives communautaires
  3. Sommet national : Le sommet national est le projet vedette de la CNUR.  Il est dirigé par le président de la Commission et rassemble la population rwandaise ainsi que des figures importantes de la communauté internationale. Il s’agit d’un forum public qui informe du progrès et des réussites de la CNUR et qui recueille des suggestions et des recommandations de la population sur le travail de réconciliation. La première rencontre a eu lieu en octobre 2000, suivie d’une autre deux ans plus tard en octobre 2002, d’un sommet pour les enfants en 2004 et d’une rencontre nationale en décembre 2006
  4. Festival de la communauté : La CNUR soutient les festivals communautaires annuels qui jouent un rôle important dans la promotion de la réconciliation. Elle encourage les activités culturelles telles que le théâtre, la musique, la danse et l’art, comme outil de transformation sociale et de renforcement de l’unité au sein de la société rwandaise. Ces festivals contribuent à véhiculer des messages appelant à la paix, à la tolérance, à l’unité et à la justice sociale

 

Rapport

La CNUR a publié un rapport sur l’exercice des ses activités en 2001. Diverses recherches ont été publiées dans le cadre de la commission :

 

Suites

La Commission a contribué à instituer au niveau législatif une loi sur la répression des crimes de discrimination et la pratique du sectarisme. Elle a notamment participé à l’élaboration et à la révision des textes afin de les uniformiser avec les principes d’unité et de réconciliation

La mention ethnique ne figure désormais plus sur la carte d'identité. L'accès à l’éducation, au travail, aux services publics se fait sur la seule base des mérites personnels. La nouvelle Constitution de mai 2003 stipule l’interdiction de propager des idées divisionnistes ainsi que toute action visant à promouvoir les différences ethniques. Elle accorde également d’office 30% des sièges du Parlement aux femmes.

Les forces rwandaises d’origine et les anciens combattants du FPR, jadis ennemis, ont été intégrées dans une même armée nationale.

De manière générale, le programme de réconciliation affiche un bilan positif qui a permis au Rwanda de sortir de la période de transition. Plus de quatre millions de réfugiés ont été rapatriés et ont pu pour la majorité récupérer leurs biens. Plus de 300'000 orphelins du génocide ont trouvé des familles d’accueil, indépendamment de l’appartenance ethnique.

 

Bibliographie

  • ABU-NIMER Mohammed, ed. Reconciliation, Justice and Coexistence: Theory and Practice, New York: Lexington, 2001
  • BARSALOU Judy, Trauma and Transitional Justice in Divided Societies, Special Report 135, Washington DC: USIP, 2005
  • BAR-SIMON-TOV Yaacov, From Conflict Resolution to Reconciliation, Oxford: Oxford University Press, 2003
  • DE GRUCHY John W., Reconciliation: Restoring Justice, Minneapolis: Fortress Press, 2002
  • HAYNER Priscilla B., Unspeakable Truths: Facing the Challenge of Truth Commissions,New York, Routeledge, 2000
  • HONEYMAN C., Gacaca Jurisdictions: Transitional Justice in Rwanda, Boston, MA: Harvard University Press, 2002
  • MINOW M., ROSENBLUM N., Breaking the Cycles of Hatred: Memory, Law, and Repair, Princeton, NJ: Princeton University Press, 2003
  • MINOW Martha, Between Vengeance and Forgiveness: Facing History After Genocide and Mass Violence, Boston: Beacon Press, 1998
  • MUJAWAYO Esther, SOUAD Belhaddad, La fleur de Stéphanie : Rwanda entre réconciliation et déni, Flammarion 2006
  • PRAGER Carole A.L., GOVIER Trudy, eds. Dilemmas of Reconciliation: Cases and Concepts, Waterloo: Wilfrid Laurier University Press, 2003
  • UVIN Peter, and MIRONKO C., "Western and Local Approaches to Justice in Rwanda."
  • Global Governance vol. 9, no. 2, 2003, pp. 219-31
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